L’apprentissage du langage conditionne l’engagement et la poursuite d’une scolarité efficiente. Il s’appuie sur :

  • des organisations favorisant les interactions en classe et hors de la classe ;
  • des modalités d’enseignement qui rendent l’enfant acteur de ses apprentissages ; 
  • l’exploitation des ressources offertes par le numérique.

L’apprentissage du vocabulaire, l’entrée dans la lecture et dans l’écrit avec Thèmots

Le projet Thèmots est une méthode pédagogique destinée à préparer, de façon structurée, les élèves de maternelle au développement du langage oral et à la lecture. Initié par la recherche conduite par Fanny De La Haye, validé et enrichi avec la participation active de Marianne André, psychologue scolaire, d’enseignants, de conseillers pédagogiques et illustré par Jean-Loup Colombi, Thèmots a pour ambition de combattre les inégalités linguistiques pour prévenir l'illettrisme. À ce titre, il figure dans le plan régional de lutte contre l’illettrisme et est diffusé de façon très large dans l’académie.

Thèmots dans la classe, comment cela se passe ?

Chaque jour, des séances ritualisées de découverte de mots sont proposées aux élèves sous forme de devinettes. Une fois le mot identifié et son sens bien compris par tous, les élèves l’épellent : la connaissance du mot, du nom des lettres et de leur son, essentielle pour l’entrée dans la lecture, est ainsi travaillée. Les élèves découvrent ce ou ces mots en lettres capitales et en écriture cursive ; il est ensuite affiché avec les mots travaillés découverts les jours précédents et qui sont classés dans des tableaux de couleurs pour les catégoriser en fonction de leur nature grammaticale : bleu pour les noms, rouge pour les verbes, vert pour les adjectifs.

Pour assurer l’apprentissage durable d’un mot nouveau, il doit être entendu, dit, utilisé et écrit dans des contextes différents. C’est pourquoi l’enseignant met en place, sous forme d’ateliers dirigés puis en autonomie, des séances de réinvestissement et de réactivation avec des situations de jeux divers faisant appel à la phonologie, la morphologie, la catégorisation. 

Des situations de production d’écrit sont également proposées aux enfants à partir des mots découverts. Ils peuvent ainsi composer des phrases au moyen de cartes puis, progressivement, les écrire, produire de courtes histoires et les illustrer, en autonomie dans un cahier d’écrivain.

On le voit, le dispositif va bien au-delà de l’enrichissement du bagage lexical des élèves : il s’agit plus largement de favoriser leur entrée dans la lecture, d’améliorer leur niveau de compréhension orale et enfin, dès 5 ans, de développer leurs compétences en production d'écrits.

Thèmots se décline avec une application sur tablette : ce support a un effet positif sur la motivation et l'attention des élèves.

Le projet permet aussi de travailler le lien avec les familles : chaque fin de semaine, les enfants emportent à la maison un cahier de vocabulaire. L’importance de cet apprentissage y est bien expliqué et des activités à mener avec l’enfant sont présentées.

Pourquoi enseigner le vocabulaire dès la maternelle ? Ce que nous dit la recherche

L'acquisition du vocabulaire est un élément essentiel dans l'apprentissage de la lecture et un prédicteur important de la réussite scolaire. On sait aujourd'hui l'importance décisive de la quantité et de la qualité du vocabulaire qu'un enfant possède avant qu'il apprenne à lire. Faute d'un vocabulaire suffisant, la maîtrise du code de lecture le conduira alors à produire uniquement du bruit et non du sens.

En fin de grande section de maternelle, un élève doit posséder 1200 à 1500 mots dans son vocabulaire actif pour entrer efficacement dans la lecture. Quand on sait que certains élèves maîtrisent à peine un bagage de 300 à 600 mots à la sortie de l’école maternelle, cela les prédispose à des difficultés. Il paraît essentiel de proposer un enseignement du vocabulaire le plus précocement possible et notamment pour les élèves les plus fragiles pour lesquels l’enjeu social et éthique est majeur.

L’expérimentation menée durant six années avec un large panel d’élèves de l’académie a permis de mettre en évidence qu’un enseignement régulier, structuré et intensif du vocabulaire dès les premières années de l’école maternelle permet d’obtenir des effets significatifs sur l’entrée dans la lecture, l’écriture et le niveau de compréhension orale des élèves.

Fanny de La Haye

Maître de conférences en psychologie cognitive à l’ESPE de Bretagne (Université de Bretagne Occidentale) et elle est rattachée au Laboratoire de Psychologie : Cognition, Comportement, Communication (LP3C), Université Rennes 2.

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Le bilinguisme : français-breton

Au cours des assises de la maternelle, Ranka Bijeljac-Babic, a précisé les caractéristiques du bilinguisme précoce : s'il est complexe pour un jeune enfant d'acquérir deux langues simultanément, cela n'occasionne pas de retard de langage. Bien au contraire cela a un réel intérêt pour l'enfant, en termes d'ouverture culturelle mais également du fait de la mobilisation des ressources intellectuelles que cela autorise.

Le bilinguisme chez l'enfant : émission La tête au carré du 13 février 2018 sur France Inter


Dans l'académie de Rennes, beaucoup d'enfants sont concernés par le bilinguisme parce qu’ils parlent avec leurs parents à la maison ou parce qu'ils fréquentent une école bilingue français-breton.

 

Ils apprennent le breton en faisant de la radio !

Depuis septembre 2017, les élèves bilingues français-breton du Morbihan ont leur émission sur les ondes de radio Bro-Gwened, une radio associative émettant sur tout le département. Les différentes classes participantes alimentent l’émission bimensuelle Ar Big a Gan en présentant ce qu’ils font dans leur classe en breton ou ce qu’ils vivent dans leur école : devinettes, interview, reportages, lectures, chants... sont ainsi présentés aux auditeurs.

Les élèves de la classe maternelle bilingue du Gourandel à Baud sont partie prenante de ce projet ambitieux et ont contribué à toutes les émissions aux côtés de leurs camarades des cycles 2 et 3 de l’école. Apprendre le breton et s’éduquer aux médias, contribuer à un projet collectif, s’entraîner à s’exprimer clairement et à articuler, redonner à la langue son statut d’outil pour communiquer ; l'expérience est enrichissante et cela s’entend : les voix enthousiastes des élèves de maternelle qui ouvrent l’émission par un Demat tout an dud ! sont une invitation irrésistible à écouter la suite.

Toutes les émissions peuvent être écoutées et podcastées

 

Ranka Bijeljac-Babic

Psycholinguiste, maître de conférences à l’Université de Poitiers, elle est membre du Laboratoire de psychologie de la perception de Paris-Descartes où elle mène des recherches sur les effets précoces du bilinguisme chez les nourrissons et, plus largement, sur le bilinguisme chez l’enfant. Elle est également vice-présidente de l’association Café bilingue, qui défend la diversité des langues dans les familles, à l’école et dans la sphère publique.

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